Gichin Funakoshi

Gichin Funakoshi, père du karaté moderne

Gichin Funakoshi est né en 1868 à Shuri, capitale royale d’Okinawa, au sein d’une famille peu aisée. Son père alcoolique le confie, dès son plus jeune âge, à ses grands parents maternels. Son grand père maternel, un érudit, aura une grande influence sur lui.

Durant son enfance, le petit Gichin est un garçon peu robuste en raison de sa faible constitution.

A l’âge de six ans, il entre à l’école où il entend parler du Tode par un de ses amis, le fils du Maître Anko Azato, un des plus grands experts du karaté d’Okinawa dont il est l’unique élève connu. Son grand père consent à ce qu’il pratique le Tode, pensant que cela aura un impact bénéfique pour sa santé. C’est ainsi que Gichin Funakoshi débute l’étude des arts martiaux à l’âge de 11 ans.

À cette époque, la pratique se fait la nuit dehors, loin des regards. Son apprentissage se déroule d’une façon traditionnelle pour l’époque, à savoir se concentrer sur un seul exercice et passer au suivant uniquement lorsque le pratiquant est capable de le réaliser parfaitement. L’apprentissage d’un kata peut ainsi durer plusieurs années.

A l’âge de 21 ans, tout en continuant la pratique du Tode, il devient assistant dans une école primaire, métier qu’il exerce durant plus de 30 années sur son île natale.

Par la suite, il étudie sous Maître Yasutsune Itosu, un ami de Maître Azato. C’est avec Maître Itosu que commence réellement l’ère de modernisation du karate-do. Sa pédagogie est essentiellement axée sur la formation de masse, en groupe. C’est lui qui créa les pinan à partir du kata kushanku.

En 1917, Gichin Funakoshi se rend au Japon pour la première fois pour faire une démonstration au Butokuden de Kyoto. Il y retourne cinq années plus tard pour une seconde démonstration devant le ministre de l’Éducation nationale japonaise. C’est le début de l’histoire du karaté…

En mai 1922, le Ministère de l’Éducation finançe la première exhibition annuelle de sports athlétiques.

Peu après, Monsieur Kano, qui occupe des fonctions très importantes au sein du Ministère de l’Éducation, lui demande de rester au Japon pour y faire connaître le Karaté. Ce dernier accepte et, à 53 ans, laisse sa femme, ses quatre enfants et son emploi à Okinawa pour consacrer sa vie à la diffusion du Karaté.

Gichin Funakoshi est donc choisi comme représentant de l’Okinawa-Te. Fin lettré, homme de culture, humaniste dans l’âme, au comportement distingué, apprécié dans la société japonaise, il a su présenter au Japon cet art ancestral de sa patrie et susciter l’intérêt des japonais pour l’Okinawa-Te.

La démonstration est couronnée succès, le public acclame sa représentation qui n’est rien d’autre qu ’un kata… Cependant, cette réussite soulève, par la suite, de nombreuses critiques, notamment, de la part des « anciens » restés à Okinawa refusant de livrer aux japonais les secrets de leur art, ou d’autres experts venus après lui pour développer des styles concurrents du sien.

Au cours de la démonstration, Jigoro Kano, fondateur du Judo, transmet à Gichin Funakoshi un message l’invitant à venir lui enseigner le Karaté. La démonstration a lieu trois jours plus tard au Kodokan où un jeune étudiant, originaire lui aussi d’Okinawa et déjà adepte du Karaté, accepte de lui servir de partenaire. Ensemble, ils réalisent une démonstration de kata et de kumite devant une centaine de judokas. Son partenaire se nomme Shinkin Gimma. Ce dernier est le premier à recevoir le diplôme de ceinture noire 1er dan de la main de Gichin Funakoshi.

L’art d’Okinawa à la conquête du Japon

Les premières années de diffusion seront particulièrement dures en raison de la grande pauvreté dans laquelle Gichin Funakoshi vit. Afin de subvenir à ses besoins, il travaille comme gardien de jardins et même comme balayeur dans une cité universitaire à Tokyo. Pour régler ses problèmes alimentaires, il persuade le cuisinier de la cité universitaire de prendre des cours de Karaté en échange d’une réduction de sa note de nourriture mensuelle.

Dans son enseignement, Gichin Funakoshi reste fidèle à la tradition okinawaenne. A ses yeux, le Karaté est un art martial et aucun exercice n’existe pour tester son efficacité. Le seul essai acceptable est Shinken Shobu, le combat réel avec pour seule issue la mort d’un des adversaires.

À cette époque-là, l’enseignement est uniquement basé sur le kata, le seul exercice où l’on peut travailler attaques et blocages à pleine puissance sans risque de blesser un partenaire.

Gichin Funakoshi suit donc l’exemple de ses Maîtres et enseigne uniquement le kata à ses étudiants. Mais, rapidement, il est confronté à un état d’esprit auquel il n’est pas préparé à savoir, le Japon, alors ivre de modernité, tourne le dos aux côtés traditionnels de ses propres arts martiaux et les jeunes générations de pratiquants n’y voient plus que des activités à caractère sportif menant à la compétition. Par conséquent, il établit un enseignement plus conforme aux aspirations des jeunes japonais. Ces derniers en effet ne voient qu’inutilité et perte de temps dans le respect des méthodes okinawaiennes d’entraînement qui sont : concentration sur un seul kata, et application pratique des techniques seulement à base du kata avec interdiction de combat sportif. C’est ainsi qu’il retint, dans la multitude de séquences ramenées d’Okinawa et prises aussi bien au Shorin-ryu qu’au Shorei-ryu, 15 katas pour étalonner la progression de ses élèves.

Bien qu’il enseigne un peu de kumite, son approche du karaté est basée sur le précepte suivant : « Une fois que vous avez complètement maîtrisé le kata, vous pourrez l’adapter au kumite. »

Au bout de deux ou trois années, le nombre d’élèves commence progressivement à augmenter, particulièrement dans le milieu estudiantin. Il enseigne d’abord au Meishojuku, une pension pour étudiants comprenant un dojo d’à peine 40 m².

C’est le 29 janvier 1936 que Gichin Funakoshi inaugure son propre dojo à Mejiro. Ses élèves le nommeront plus tard Shotokan, c’est-à-dire « la maison de Shoto » (nom de poète de ce dernier). C’est également à cette époque qu’il change la signification du mot Tode pour Karate-dô, littéralement la « voie de la main vide », le mot vide se référant au Zen japonais. De plus, sentant une certaine réserve des japonais à l’égard des noms de katas tous d’inspiration chinoise, il révise  leurs appellations (par exemple, Pinan-> Heian, Kushanku-> Kanku et Naifanchi-> Tekki).

Dès le début des années 1930, de nombreux élèves se risquent, malgré l’interdiction de Gichin Funakoshi, à confronter leurs techniques dans des assauts libres (jyu kumité), bien plus motivants que les formes statiques tolérées (gohon, sanbon et ippon kumité), parfois avec des protections. Certains tel Hironori Otsuka (fondateur de notre école, le Wado-ryu), finissent par le quitter pour suivre leur propre route.

Son propre fils, Yoshitaka, joue un rôle décisif de l’évolution du style proposé par son père. A partir de 1938, il prend la direction technique du dojo Shotokan et, simultanément, introduit des concepts et des techniques remontant à l’enseignement de Azato, et non plus à celui de Itosu auquel se référait son père. Avec d’autres Sempaï, Yoshitaka s’affranchit de nombre d’influences chinoises (toujours présentes dans le style de Funakoshi) pour enrichir le style Shotokan d’influences japonaises ce qui aboutit à la naissance, entre 1939 et 1945, date de sa mort, d’un style de karaté très différent du vieux Shotokan dont la distinction est souvent soulignée par la désignation de Shotokan-ryu.

En 1945, lors d’un bombardement, le dojo Shotokan est complètement détruit. Ici débute une période très sombre pour Gichin Funakoshi car, peu de temps après, en 1947, son épouse restée à Okinawa s’éteint loin de lui. En 1949, son fils Yoshitaka, son successeur, contracte la tuberculose et décède également. A cette époque, d’importants conflits issus de visions divergentes éclatent au sein du Shotokan, bien que le nombre d’adeptes ne cesse d’augmenter.

Gichin Funakoshi décède le 26 avril 1957 à l’âge de 88 ans d’un « refroidissement » mais dans une excellente forme physique et intellectuelle. On raconte que la veille de sa mort il fabriquait encore de ses mains un makiwara sur lequel il comptait s’entraîner. Il l’essaya le matin devant deux ou trois de ses élèves. Fidèle à son habitude, il demeurait très droit, l’épaule dénudée et chaussé  des sandales en bois à hauts talons. À chacune de ses frappes, le makiwara touchait le mur provoquant un sourd ébranlement dans tout le bâtiment. Il sourit et se tourna vers l’un des disciples : « C’est étrange, ce matin je sens réellement tsuki. Un poing, une vie… ! ».Quelques heures plus tard, il perd connaissance et s’éteint paisiblement.

Les 20 principes du karaté selon Gichin Funakoshi

1. « Ne jamais oublier que la Karaté commence et finit avec le respect. »
2. « En Karaté, ne jamais attaquer le premier. »
3. « Le Karaté encourage la droiture. Si quelqu’un est vrai envers lui-même, c’est la société toute entière qui en tirera profit.»
4. « Connais-toi d’abord avant de connaître les autres. »
5. « La technique mentale plutôt que la technique physique. »
6. « Laisse ton esprit libre, ne le laisse pas se fixer. »
7. « L’inattention et la négligence sont cause de malheur. »
8. « Ne jamais penser que le Karaté ne doive être pratiqué que dans le dojo. »
9. « Le Karaté est une recherche qui dure toute la vie. »
10. « Tout ce que vous rencontrez est un aspect du Karaté ; trouvez la merveilleuse vérité qui s’y trouve. »
11. « Le Karaté est comme de l’eau qui bout ; si vous laissez s’éteindre la flamme, l’eau tiédit. »
12. « Ne pensez pas à gagner, mais pensez à ne pas perdre. »
13. « Réagissez en fonction de la nature de votre adversaire. »
14. « Adoptez dans vos combats la stratégie de la nature. »
15. « Traitez vos mains et vos pieds comme des épées affûtées. »
16. « Passez une porte comme si vous alliez vous trouver face à 10 000 ennemis. »
17. « Apprenez plusieurs postures, comme les débutants, mais ensuite adoptez une posture naturelle. »
18. « Les katas doivent toujours être exécutés correctement ; le vrai combat est une autre affaire. »
19. « N’oubliez jamais quelles sont vos propres forces et vos propres faiblesses, quelles limites vous impose votre corps et quelle est la qualité relative de vos techniques. »
20. « Polissez continuellement votre esprit. »

Gichin Funakoshi confessa qu’il avait enfreint une fois une de ces règles.